Mercredi 25 novembre 2009
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17:51
A deux pas de la gare de Shibuya, ce café calme, perché au niveau des enseignes.
J'y donne des cours de français à Hiroshi san, un de mes élèves les plus assidus et les plus doués.
On commence par une petite session libre, au cours de laquelle je corrige quelques fautes.
La plus récurrente, la prononciation du "e" final en "é". "Je mange" devient "je mangé", qui se confond alors avec l'imparfait "je mangeais". J'ai tout essayé, il n'y a rien à faire, et tous mes
élèves succombent à un moment ou à un autre. La faute aux kanas, les alphabets syllabiques japonais, en vertu desquels tous les sons sont constitués d'une consonne et d'une voyelle, ka, ki, ku, ke,
ko.
Le "r" est également une difficulté majeure, ainsi que les nasales "on, en, un". Le "v" et le "b", sans arrêt confondus.En général, le rythme de la phrase pose problème, la respiration est coupée à
chaque mot, et les liaisons ne sont pas évidentes.
Ces problèmes exceptés, je suis surpris de la capacité de mes élèves, parfois totalement débutants, à intégrer des règles de grammaire complexes. Je pense aux pronoms "en, y", à la conjugaison
terrible du passé composé. Tous ont une excellente mémoire, et assimilent facilement le vocabulaire et les expression.
Reste l'éternel problèmes des temps. Le choix entre l'imparfait et le passé composé est un casse-tête, aucune règle ne permet vraiment de faire un choix. "Hier j'ai vu mes amis, ils sont allés
bien." Le temps qui dure, la description, contre une action, éphémère et terminée.
Pourquoi utiliser deux temps pour le passé? vaste question.
Il suffit de se ballader dans les rues de Paris, entre le boulevard Voltaire et la place de la Bastille, pour comprendre que le passé imprègne notre culture. Il est notre image de marque en même
temps que notre seul point de vue sur le monde. En ce sens, il est la négation même de l'ignoble "débat" sur notre identité nationale, dont les antécédents idéologiques sont connus.
Bref, notre passé mérite bien deux temps, même trois, quatre, cinq, sans compter ceux que l'on a utilisé qu'une seule fois dans sa vie, punis par l'institutrice à conjuguer à tous les temps "je
nique la droite".