métaphysique

Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /Déc /2009 12:20




La Yamanote, c'est le mur d'enceinte version société industrielle.
La ligne de train circulaire entoure la ville et la protège de sa banlieue.
Mais comme me le disait Raphaël, dont j'aime les trëmas sur le prénom, c'est aussi Zazie dans le métro.
On se paye un ticket pour un petit tour d'une heure à regarder la ville.
C'est l'hiver, les sièges sont chauffés, il y a même la télé. On peut voir le golf, ou un cours d'anglais. Mais c'est souvent de la pub. Il y en a une, pour la bière suntory, où tout est en noir et blanc sauf les boissons. Chaque fois que je la vois, j'ai soif.
Ca tombe bien, la yamanote est une ligne aérienne, comme la ligne 2 à Paris vers Stalingrad.
Et quand on sort, entre Kanda et Ueno, on trouve sous les arcades les bars les moins chers de Tokyo.

J'ai réalisé, dans le cadre d'un projet, une vidéo de fiction pour une yamanote perpétuelle.
Elle est visible sur youtube : http://www.youtube.com/watch?v=jUdOVPG0e98
Et sur le blog d'un ami, designer et penseur, Jared Braiterman.
http://tokyogreenspace.wordpress.com/

Par pierre alex - Publié dans : métaphysique - Communauté : Tokyo
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Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /Nov /2009 13:23


Surtout, ne réfléchis pas, surtout, ne.

Je fais comme tout le monde, mais mieux.

Cette fois-ci, c'est moi qui gagne.
Par pierre alex - Publié dans : métaphysique - Communauté : Les Zillustrateurs en devenir
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Mercredi 25 novembre 2009 3 25 /11 /Nov /2009 17:51


A deux pas de la gare de Shibuya, ce café calme, perché au niveau des enseignes.
J'y donne des cours de français à Hiroshi san, un de mes élèves les plus assidus et les plus doués.
On commence par une petite session libre, au cours de laquelle je corrige quelques fautes.
La plus récurrente, la prononciation du "e" final en "é". "Je mange" devient "je mangé", qui se confond alors avec l'imparfait "je mangeais". J'ai tout essayé, il n'y a rien à faire, et tous mes élèves succombent à un moment ou à un autre. La faute aux kanas, les alphabets syllabiques japonais, en vertu desquels tous les sons sont constitués d'une consonne et d'une voyelle, ka, ki, ku, ke, ko.
Le "r" est également une difficulté majeure, ainsi que les nasales "on, en, un". Le "v" et le "b", sans arrêt confondus.En général, le rythme de la phrase pose problème, la respiration est coupée à chaque mot, et les liaisons ne sont pas évidentes.
Ces problèmes exceptés, je suis surpris de la capacité de mes élèves, parfois totalement débutants, à intégrer des règles de grammaire complexes. Je pense aux pronoms "en, y", à la conjugaison terrible du passé composé. Tous ont une excellente mémoire, et assimilent facilement le vocabulaire et les expression.
Reste l'éternel problèmes des temps. Le choix entre l'imparfait et le passé composé est un casse-tête, aucune règle ne permet vraiment de faire un choix. "Hier j'ai vu mes amis, ils sont allés bien." Le temps qui dure, la description, contre une action, éphémère et terminée.
Pourquoi utiliser deux temps pour le passé? vaste question.
Il suffit de se ballader dans les rues de Paris, entre le boulevard Voltaire et la place de la Bastille, pour comprendre que le passé imprègne notre culture. Il est notre image de marque en même temps que notre seul point de vue sur le monde. En ce sens, il est la négation même de l'ignoble "débat" sur notre identité nationale, dont les antécédents idéologiques sont connus.
Bref, notre passé mérite bien deux temps, même trois, quatre, cinq, sans compter ceux que l'on a utilisé qu'une seule fois dans sa vie, punis par l'institutrice à conjuguer à tous les temps "je nique la droite".

Par pierre alex - Publié dans : métaphysique - Communauté : Tokyo
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Samedi 21 novembre 2009 6 21 /11 /Nov /2009 17:59
Par pierre alex - Publié dans : métaphysique - Communauté : Les Zillustrateurs en devenir
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Dimanche 8 février 2009 7 08 /02 /Fév /2009 14:02



























Le train, encore.

C'est qu'il fait froid ces temps-ci, il est difficile de rester planté dehors par ces températures.
Difficile aussi de dessiner avec des gants.
Alors, je prends le train, je regarde les passagers et parfois je les dessine.
En ce moment la vie est bizarre. Comme une situation éphémère qui dure.
J'enchaîne les leçons de français, les mails pour du travail, les entretiens pour des petits boulots.
C'est la crise, mais ça veut dire quoi exactement?
Pourquoi tout le monde continue-t-il à aller au travail, à sortir, si plus rien ne se fait, s'il n'y a plus d'argent pour rien?
La crise comme épée de Damoclès. Une courbe qui baisse, et les règles du jeu qui changent.
"Attention, au bout de trois, on devient tous pauvres et on embauche plus personne".

Ca m'a surpris, la crise.
Je pensais qu'on était déjà en crise, avec le taux de chômage à deux chiffres et les fermetures d'usines.
Mais en fait, non, tout allait bien, étais-je bête!

Par contre, maintenant... Il va falloir s'accrocher les gars, parce que là, c'est pas de la rigolade.

J'ai une suggestion :
On arrête un peu les conneries, on laisse les robots s'occuper de nous faire le minimum pour qu'on aie tous à bouffer pendant qu'on se la coule douce et qu'on se concentre sur des choses inutiles comme l'art, l'écriture, la recherche. Pour le plaisir.
Alors évidemment, plus personne ne pourra se payer une Porsche.

C'est pas grave, on prendra le train.

Par pierre alex - Publié dans : métaphysique - Communauté : Les Zillustrateurs en devenir
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Samedi 24 janvier 2009 6 24 /01 /Jan /2009 09:33



Gagner de l'argent, ça prend du temps.
Depuis mon bar préféré, en sirotant un café froid, je regarde les salarymen aller au bureau.
Le pas est raide, la démarche robotique, je me demande si ce n'est pas l'attaché case qui fait tout. Projeté en avant par un système secret, le salarié costumé se hisse derrière pas après pas, à la force de ses bras. Le défilé de 9 heures à 10 heures est sans doute le meilleur moment de ma journée, celui qui va justifier tous les autres.
C'est le début d'une longue méditation, de recherches littéraires et artistiques sur des sujets qui m'intéressent, d'interrogations sur les convictions, la liberté, le design et comment je vais pouvoir terminer ma semaine avec 1000 yens. Une note. Un dessin. Une idée. Un mail, un coup de téléphone, et une 3D à terminer pour un salaire indéterminé. Travailler avec Takashimaya? Avec plaisir. A partir d'avril? Oups, comment je vais me nourir d'ici là?
Je triche. Je travaille un petit peu. Je donne des cours de français, de quoi payer mon loyer et des spaghettis.
Je pense à la crise économique, et je me dis que ce n'est pas le moment de vouloir à tout prix retourner dans la matrice. Attendons un peu de voir comment elle réagit.
Attendons un peu de voir comment je réagis. Ce que je peux inventer.
Car notre système économique repose tout entier sur un quiproquos terrible, récemment souligné par mon ami Olivier, philosophe, otaku, marketeur et prof d'anglais.
Le mécanisme de la bourse, sur lequel repose la colonisation, la modernité et à peu près tout ce qui fait que notre monde est tel qu'il est, est issu de l'usure.
Je te donne 100 yens ce soir, tu m'en rendras 200 demain.
Socrate était pourtant formel. L'usure n'est pas naturelle.
C'est donner de la valeur au temps.
Moi aussi j'accorde de la valeur au temps, et c'est bien pour cela que je ne veux pas le perdre à gagner de l'argent.
Par pierre alex - Publié dans : métaphysique
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Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /Jan /2009 06:54



Aujourd'hui, ça fait une semaine que je suis de retour au Japon.
Une semaine que je me retrouve projeté en vitesse accélérée dans une société où tout bouge tellement vite qu'en fait on n'a pas l'impression d'avancer. Le contraire de la France, en quelques sorte.
Dans l'avion, on traverse la frontière entre l'Europe et l'Asie, mais on ne le voit pas. Tout juste une pensée émue nous effleure entre le repas artificielle et le début du troisième film qu'on matte comme un drogué enchaîne les lignes de coke. Dans cette frénésie d'images, on oublie le voyage. On oublie pourquoi on est parti et ce qu'on espère trouver. Les systèmes de divertissements disent bien leur nom. Et 355 passagers passent le temps, comme si ce temps n'avait pas de valeur propre et valait seulement la peine d'être tué.
Ca me rappelle ce temps du train, entre Yoyogi Uehara et Fujisawa, où j'enseigne le français. Une heure perdue, une heure contre laquelle on se bat, on enchaîne les mails et les jeux nintendos, pour la vider de son sens et de sa réalité. Son sens, c'est celui qu'on accepte de lui donner, si on la considère, cette heure, si on l'aime et qu'on la respecte. Une heure pour laisser errer ses pensées. Et sa réalité, elle apparaît, au dénouement, entre la station Shonandai et le terminus. Vous ne pourrez pas la voir, mais pourtant il existe.
Là, en levant la tête de cette page, mes yeux ont croisé le mont Fuji tout enneigé.
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Dimanche 21 décembre 2008 7 21 /12 /Déc /2008 17:52


Alors, tout à l'heure, grand départ.
Huit mois que je suis parti, ça commence à faire.
Ca a changé, chez nous?
Pas trop, à ce que je lis dans les journeaux. Mais, c'est une chose d'être informé. Ce qui me manque, c'est l'essentiel. Le son de cloche. L'analyse version bistrot, et ce qu'il y a dans la tête de mes amis, parents et soeur, l'espace public de l'actualité. Toute cette matière satellite qui donne son sens au système médiatique. Et puis, tout le monde quoi, la mifa, potos et tous ceux qui me manquent tant dans ce bel archipel.
Alors, je piaffe. Je gribouille, des trucs sans conséquences, cette petite page mangaisée sans fondement ni objectif. A part celui de faire passer le temps. Cerveau déconnecté. Ah, si, il y a cette anecdote qui m'a bien fait marrer. "Le cerveau". Ca se dit "Uni", en japonais. Et vous savez quoi? "Uni", ça veut aussi dire "Oursin". J'ai fait ma première blague en japonais, je vous laisse deviner.
J'ai finalement récupéré ma montre et mon carnet. Merci David ^^



Par pierre alex - Publié dans : métaphysique - Communauté : Les Zillustrateurs en devenir
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Vendredi 12 décembre 2008 5 12 /12 /Déc /2008 13:43




L'hiver est doux, l'hiver est beau, l'hiver est bon.
Il fait ces temps-ci à Tokyo un temps magnifique. Comme c'est un des principaux sujets de conversation, c'est une bonne nouvelle. Le froid tombe pendant la nuit, et les matinées fraîches et ensoleillées sont vivifiantes. Le kiffe, quoi.
J'ai quitté mon travail il y a deux semaines, tombé au champs d'honneur de la crise économique. Plus d'argent dans les caisses de ma boîte. Pour tout dire, je ne suis pas mécontent d'échapper à la pesanteur de l'entreprise.
J'ai donc dû trouver dare-dare de la maille, je suis maintenant prof de français dans une école de langue, loin, loin, en banlieue. "Comme papa", dirait l'un, "Oh, la dégringolade sociale" dirait l'autre. Et tous deux auraient raison. Cette situation nouvelle me procure de nombreuses joies quotidiennes. Le Japon sans un radis, c'est encore plus marrant. Exemple :
Hier, on m'a embarqué mon vélo. Je n'avais pas assez d'argent pour le récupérer à l'espèce de "fourrière" (une arnaque sans nom). J'ai essayé d'amadouer le type. De le faire culpabiliser, puis de lui faire pitié. "Damé". Si tu veux ton vélo, tu lâche 2000 yens.  J'y suis retourné plusieurs fois, en essayant de changer de registres (et de l'avoir à l'usure). Et oui, le vélo, c'est un enjeu important. Sans lui, il faut payer le train, et ça devient vite astronomique.
A mon troisième assaut, je lui ai proposé ma montre, en gage. Je le payerai la semaine prochaine. Interessé, mais pas assez. Je lui est remis aussi mon carnet de croquis. Il m'a rendu mon vélo. Je roule à crédit.
A côté de ça, je fais du design, quand même. En freelance, c'est plus sûr !
Et puis, tatatttta ! Je vais passer à la télé, sur NHK !
Il y a une émission qui s'appelle "Tokyo Eyes", où ils rencontrent des étrangers qui font découvrir leur quartier préféré de Tokyo. Pour moi, c'est Yoyogi-Uehara. Ca va être retransmis sur le câble/satellite, le 17 décembre. Si vous voyez un petit type avec des lunettes carrés qui dessine en buvant un café, il y a de fortes chances que ce soit moi. Malheureusement, je ne pourrai pas me voir. Ce sera retransmis le 24 décembre au Japon, je serai en France à ce moment-là. Cher pays de mon enfance.
Par pierre alex - Publié dans : métaphysique - Communauté : Tokyo
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Vendredi 21 novembre 2008 5 21 /11 /Nov /2008 10:52































 

 

 



Il n'y a pas si longtemps, mon ami Hadrien est venu me rendre visite. C'était la première fois qu'il venait au Japon. On a évoqué les différences culturelles, l'histoire japonaise, l'organisation sociale et politique de ce pays. Fascinantes et profondes discussions. Pourtant, malgré nos efforts acharnés pour élever notre niveau de conscience et éviter la fange boueuse de la trivialité, le sujet revenait sur le tapis, revenait sur le tapis, revenait sur le tapis :

"Ce qui est incroyable, c'est qu'elles sont toutes jolies! A Paris, il y en a des jolies, mais ici, c'est tout le temps, partout. Et puis elles ont toutes l'air jeunes. Et qu'est-ce qu'elles s'habillent bien."


C'est une réalité que nul ne peut nier. Les Japonaises sont, pour la plupart, jolies comme tout. Des visages fins, de beaux yeux noirs, formats XXS. Du coup, elles peuvent tout se permettre. De la jupe un peu "grand-mère" jusqu'au mini short méga moulant. Peu de Japonaises en jean. En général, elles ne portent pas de pantalons. Beaucoup cultive leur look de façon fanatique. Tous les détails sont travaillés, couleur des cheveux, lunettes de soleil qu'il vente ou qu'il pleuve, sac assorti, couvre-chef adéquat et tutti quanti. On fleurte souvent avec le registre péripatéticien. Mais comme ça ne gêne personne, ça ne gêne personne.


Les Japonaises ont une drôle de démarche. Elles rentrent des pieds à un point qu'on en a mal pour elles. Pourquoi? Est-ce qu'on ne leur apprend pas à bien marcher quand elles sont petites? Est-ce que c'est un genre qu'elles se donnent pour paraître plus mignonnes, plus vulnérables, plus enfantines, plus "kawaii"?


Autre élément troublant : la voix. Ou plutôt sa métamorphose instantanée. Je m'explique.

Vous discutez avec votre collègue de ce que qu'elle a fait ce week end. Elle vous parle de façon tout à fait normale, avec sa voix normale. Elément perturbateur : le téléphone sonne. Votre collègue décroche. Et là, en une fraction de seconde, la mue s'effectue. Retour en enfance. Votre collègue prendra sa voie la plus aiguë, et se mettra à parler comme les personnages féminins des mangas. Une caricature. Un ton standardisé, des expressions mécaniques. Votre collègue vive et marrante se transforme en naïve ingénue. Cette voix féminine normée vous poursuivra dans les annonces sonores de la gare, dans les publicités télévisées, partout. Quand vous entrerez dans un magasin, quand vous irez au restaurant, on vous parlera avec cette voix.


Au Japon, les femmes ont le droit de vote. Elles conduisent la voiture, boivent et font l'amour avec qui elles ont envie. Elles travaillent. Pourquoi donc continuer à jouer ce rôle soumis? Pourquoi tiennent-elles à se faire passer pour de gentilles fillettes un peu godiches?


Sans doute est-ce un stratagème pour se rendre plus séduisantes. Pour le coup, ça fonctionne pas mal.

"Pffffffff. Qu'est-ce qu'elles sont jolies, les Japonaises..."



 

Par pierre alex - Publié dans : métaphysique - Communauté : Tokyo
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