Transfert (04)

Aujourd'hui, ça fait une semaine que je suis de retour au Japon.
Une semaine que je me retrouve projeté en vitesse accélérée dans une société où tout bouge tellement vite qu'en fait on n'a pas l'impression d'avancer. Le contraire de la France, en quelques sorte.
Dans l'avion, on traverse la frontière entre l'Europe et l'Asie, mais on ne le voit pas. Tout juste une pensée émue nous effleure entre le repas artificielle et le début du troisième film qu'on matte comme un drogué enchaîne les lignes de coke. Dans cette frénésie d'images, on oublie le voyage. On oublie pourquoi on est parti et ce qu'on espère trouver. Les systèmes de divertissements disent bien leur nom. Et 355 passagers passent le temps, comme si ce temps n'avait pas de valeur propre et valait seulement la peine d'être tué.
Ca me rappelle ce temps du train, entre Yoyogi Uehara et Fujisawa, où j'enseigne le français. Une heure perdue, une heure contre laquelle on se bat, on enchaîne les mails et les jeux nintendos, pour la vider de son sens et de sa réalité. Son sens, c'est celui qu'on accepte de lui donner, si on la considère, cette heure, si on l'aime et qu'on la respecte. Une heure pour laisser errer ses pensées. Et sa réalité, elle apparaît, au dénouement, entre la station Shonandai et le terminus. Vous ne pourrez pas la voir, mais pourtant il existe.
Là, en levant la tête de cette page, mes yeux ont croisé le mont Fuji tout enneigé.
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