l'empire la nuit

On marche dans la nuit, c'est Roppongi.
Des Afro-américains rabattent les passants vers des clubs ou des bars, on promet des ladys ou des chattes, en fonction de l'heure et de la dégaine du client potentiel. Métonymie.
Un Américain tout blanc, tout blond, tout seul, s'agite dans la file du macdonalds, il a faim et tient à le faire savoir. Il n'aime pas attendre. Il parle fort, on fait comme s'il n'existait pas. Un homme lui dit qu'il est Irakien, et qu'il a tué un certain nombre de ses compatriotes. Mais l'autre est tellement ivre, ou lâche, qu'au lieu de lui rentrer dedans, il égrène les noms des villes bombardées par l'US air force. We are bombing Bagdad, we are bombing Kaboul, we are bombing Bassorah, we are bombing Afghanistan, we are bombing Irak, we are bombing Africa. Sa litanie ne s'arrête pas, ses connaissances géographiques sont surprenantes et incongrues à une telle heure, dans un tel endroit. Il finit par s'arrêter. America is still number one, one, man, we are still number one. Etrange numéro, méthode couée pour un homme éparpillé.
Des filles en shorts courts, des parebrises sur les yeux, cheveux blonds ou oranges, fardées, maquillées, peintures de guerre, descendent par grappes vers les discothèques. Elles ont la réputation d'être légères, ici, à Ropongi. Prêtes à tout, selon l'idée reçue, pour se doter d'un boyfriend exotique.
Au niveau du café latino, les danseurs de salsa émergent, transpirants. Une étrange chaleur, une oasis dans la laideur totale de Roppongi. On entend le chacha, le reaggeaton. Samba.
Les semi-remorques croisent à dix mètres de hauteur, et au niveau du sol les berlines préparées.
A dix minutes vers l'ouest, au coeur des jardins de Choyoda, l'empereur dort.
Le Japon, par une curiosité linguistique et un contre-sens sémantique, est le dernier empire du monde.
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