Iguchi : 1 / Barthes : 0
L'autre jour, j'ai voulu faire le malin avec mon collègue japonais, lors de la pause déjeuner.
Ayant récemment lu le livre de Roland Barthes, je commence à lui expliquer la vision de l'auteur sur la politesse japonaise, développée dans le texte "Courbettes". Pour résumer, Barthes prend la défense de l'extrême déférence nippone, accusée selon lui d'être "fausse". "Pourquoi, en occident, la politesse est-elle considérée avec suspicion?" Il développe par la suite l'idée qu'en Europe, un mythe sépare l'intérieur de l'extérieur d'une personne. L'extérieur, c'est la forme, la politesse, l'authentique, "l'enveloppe sociale". L'intérieur, c'est le vrai, c'est la nature, la sincérité. Par là même, l'extérieur serait considérée par chez nous comme un "obstacle" qui nous empêcherait de connaître quelqu'un "vraiment". "Etre impoli, c'est être vrai, dit logiquement la morale occidentale". Barthes enchaîne. La politesse japonaise "par le graphisme net de ses gestes", apparait hypocrite. Il l'analyse comme quelque chose de "vide" : "Le salut peut être ici soustrait à toute humiliation ou à toute vanité, parce qu'à la lettre, il ne salue personne." "Il n'est que le trait d'un réseau de formes où rien n'est arrêté, noué, profond." "La forme est vide[...] C'est ce qu'énoncent, à travers une oratique des formes, la politesse du salut, la courbure de deux corps qui s'écrivent mais ne se prosternent pas."
Je me suis donc lancé vaillament, après avoir commandé mes nouilles sobas.
"So, Iguchi san, I read a very nice text about japanese politeness..."
Il m'a regardé avec un grand sourire, avant de lancer :
"Ah, you mean, japanese fake politeness?"
Ayant récemment lu le livre de Roland Barthes, je commence à lui expliquer la vision de l'auteur sur la politesse japonaise, développée dans le texte "Courbettes". Pour résumer, Barthes prend la défense de l'extrême déférence nippone, accusée selon lui d'être "fausse". "Pourquoi, en occident, la politesse est-elle considérée avec suspicion?" Il développe par la suite l'idée qu'en Europe, un mythe sépare l'intérieur de l'extérieur d'une personne. L'extérieur, c'est la forme, la politesse, l'authentique, "l'enveloppe sociale". L'intérieur, c'est le vrai, c'est la nature, la sincérité. Par là même, l'extérieur serait considérée par chez nous comme un "obstacle" qui nous empêcherait de connaître quelqu'un "vraiment". "Etre impoli, c'est être vrai, dit logiquement la morale occidentale". Barthes enchaîne. La politesse japonaise "par le graphisme net de ses gestes", apparait hypocrite. Il l'analyse comme quelque chose de "vide" : "Le salut peut être ici soustrait à toute humiliation ou à toute vanité, parce qu'à la lettre, il ne salue personne." "Il n'est que le trait d'un réseau de formes où rien n'est arrêté, noué, profond." "La forme est vide[...] C'est ce qu'énoncent, à travers une oratique des formes, la politesse du salut, la courbure de deux corps qui s'écrivent mais ne se prosternent pas."
Je me suis donc lancé vaillament, après avoir commandé mes nouilles sobas.
"So, Iguchi san, I read a very nice text about japanese politeness..."
Il m'a regardé avec un grand sourire, avant de lancer :
"Ah, you mean, japanese fake politeness?"
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