Vu à la télé

L'hiver est doux, l'hiver est beau, l'hiver est bon.
Il fait ces temps-ci à Tokyo un temps magnifique. Comme c'est un des principaux sujets de conversation, c'est une bonne nouvelle. Le froid tombe pendant la nuit, et les matinées fraîches et ensoleillées sont vivifiantes. Le kiffe, quoi.
J'ai quitté mon travail il y a deux semaines, tombé au champs d'honneur de la crise économique. Plus d'argent dans les caisses de ma boîte. Pour tout dire, je ne suis pas mécontent d'échapper à la pesanteur de l'entreprise.
J'ai donc dû trouver dare-dare de la maille, je suis maintenant prof de français dans une école de langue, loin, loin, en banlieue. "Comme papa", dirait l'un, "Oh, la dégringolade sociale" dirait l'autre. Et tous deux auraient raison. Cette situation nouvelle me procure de nombreuses joies quotidiennes. Le Japon sans un radis, c'est encore plus marrant. Exemple :
Hier, on m'a embarqué mon vélo. Je n'avais pas assez d'argent pour le récupérer à l'espèce de "fourrière" (une arnaque sans nom). J'ai essayé d'amadouer le type. De le faire culpabiliser, puis de lui faire pitié. "Damé". Si tu veux ton vélo, tu lâche 2000 yens. J'y suis retourné plusieurs fois, en essayant de changer de registres (et de l'avoir à l'usure). Et oui, le vélo, c'est un enjeu important. Sans lui, il faut payer le train, et ça devient vite astronomique.
A mon troisième assaut, je lui ai proposé ma montre, en gage. Je le payerai la semaine prochaine. Interessé, mais pas assez. Je lui est remis aussi mon carnet de croquis. Il m'a rendu mon vélo. Je roule à crédit.
A côté de ça, je fais du design, quand même. En freelance, c'est plus sûr !
Et puis, tatatttta ! Je vais passer à la télé, sur NHK !
Il y a une émission qui s'appelle "Tokyo Eyes", où ils rencontrent des étrangers qui font découvrir leur quartier préféré de Tokyo. Pour moi, c'est Yoyogi-Uehara. Ca va être retransmis sur le câble/satellite, le 17 décembre. Si vous voyez un petit type avec des lunettes carrés qui dessine en buvant un café, il y a de fortes chances que ce soit moi. Malheureusement, je ne pourrai pas me voir. Ce sera retransmis le 24 décembre au Japon, je serai en France à ce moment-là. Cher pays de mon enfance.
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