Temps VS Argent

Gagner de l'argent, ça prend du temps.
Depuis mon bar préféré, en sirotant un café froid, je regarde les salarymen aller au bureau.
Le pas est raide, la démarche robotique, je me demande si ce n'est pas l'attaché case qui fait tout. Projeté en avant par un système secret, le salarié costumé se hisse derrière pas après pas, à la force de ses bras. Le défilé de 9 heures à 10 heures est sans doute le meilleur moment de ma journée, celui qui va justifier tous les autres.
C'est le début d'une longue méditation, de recherches littéraires et artistiques sur des sujets qui m'intéressent, d'interrogations sur les convictions, la liberté, le design et comment je vais pouvoir terminer ma semaine avec 1000 yens. Une note. Un dessin. Une idée. Un mail, un coup de téléphone, et une 3D à terminer pour un salaire indéterminé. Travailler avec Takashimaya? Avec plaisir. A partir d'avril? Oups, comment je vais me nourir d'ici là?
Je triche. Je travaille un petit peu. Je donne des cours de français, de quoi payer mon loyer et des spaghettis.
Je pense à la crise économique, et je me dis que ce n'est pas le moment de vouloir à tout prix retourner dans la matrice. Attendons un peu de voir comment elle réagit.
Attendons un peu de voir comment je réagis. Ce que je peux inventer.
Car notre système économique repose tout entier sur un quiproquos terrible, récemment souligné par mon ami Olivier, philosophe, otaku, marketeur et prof d'anglais.
Le mécanisme de la bourse, sur lequel repose la colonisation, la modernité et à peu près tout ce qui fait que notre monde est tel qu'il est, est issu de l'usure.
Je te donne 100 yens ce soir, tu m'en rendras 200 demain.
Socrate était pourtant formel. L'usure n'est pas naturelle.
C'est donner de la valeur au temps.
Moi aussi j'accorde de la valeur au temps, et c'est bien pour cela que je ne veux pas le perdre à gagner de l'argent.
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